Aux origines de nos numéros de carte bancaire

15 avril 2019

À chaque fois qu’on fait un achat sur Internet, on a l’habitude de sortir sa carte et de saisir machinalement ses numéros, un à un, dans un formulaire de paiement. C’est si simple qu’on pourrait penser que ces numéros ont été inventés pour cet usage. Pourtant, leur apparition remonte aux années 50 : bien avant Internet !

Aller à la conclusion

C’est à la fois la plus belle des inventions et le pire des dangers. Grâce à nos numéros de carte, on peut faire un achat sur Internet en moins d’une minute. Mais c’est aussi une porte d’entrée directe vers notre compte en banque. N’importe quel fraudeur peut les utiliser pour effectuer des achats, à notre place.

Pourtant, ces numéros ont été inventés il y a plus de 70 ans et, à l’époque, ce n’était certainement pas pour faire des achats à distance. Il fallait simplement une référence pour aider les commerçants et les banques à retrouver le compte à débiter.

Remontons un peu dans le temps 🕰️

Le concept de « crédit » est vieux comme le monde : les premiers prêts remontent à 2000 avant Jésus Christ, en Mésopotamie. À l’époque, on prêtait « en nature » : on faisait crédit de céréales ou de bétail. Avec l’apparition de la monnaie, les crédits sont devenus financiers, servant à construire des villes, à réaliser des oeuvres d’art, à financer des États ou à mener des guerres. Et chaque crédit était minutieusement noté, à la main, dans un registre.

Ce n’est qu’avec l’avènement de la société de consommation, des logements urbains et des premières voitures que le crédit devint accessible par tout un chacun. On y eut d’abord recours pour des achats occasionnels, puis, progressivement, pour les achats du quotidien. C’est dans ce contexte que naissent les premières « cartes de crédit », permettant de contracter un petit crédit, instantanément, avec une simple carte.

Voici comment les numéros de carte sont apparus 💡

Les origines

La toute première carte de crédit apparaît en 1914 : à l’époque, Western Union (l’équivalent de La Poste aux Etats-Unis) lance une plaque de métal embossée exclusivement réservée à ses clients les plus prestigieux. Les détenteurs de cette carte peuvent différer d’un mois leurs paiements dans de nombreux magasins partenaires, et ce, sans aucun frais. Western Union leur fait donc un crédit d’un mois sur tous leurs achats. Il suffit aux acheteurs de présenter leur carte et une pièce d’identité au moment de passer à la caisse.

La première carte du Diners’ Club (à gauche) et la première carte plastique American Express (à droite)

La montée en puissance

Surfant sur le succès de cette première carte, deux nouvelles cartes apparaissent :

  • La première, « Charge-It » a été inventée dans les années 50, à Brooklyn, par un banquier nommé John Biggins. C’est la première carte de crédit émise par une banque. On peut faire ses courses sans avoir de monnaie sur soi : à l’époque, c’est un vrai soulagement.
  • La deuxième, celle du « Diners’ Club » fait crédit dans 27 restaurants de New York : on peut alors manger à l’envie, et payer à la fin du mois.

Dans les deux cas, la carte affiche une série de 4 chiffres : il s’agit du numéro du compte bancaire du porteur. Au moment du passage en caisse, les commerçants relèvent ce numéro, demandent la pièce d’identité de l’acheteur, puis ordonnent à la banque de débiter son compte.

La production en série

Fini le métal, le papier ou le carton : en 1959, American Express lance la toute première carte plastique. Visant une adoption planétaire, American Express inscrit une série de 10 chiffres sur la carte : il s’agit toujours des numéros de compte de ses clients. Mais cette fois-ci, il y a des milliards de combinaisons possibles.

Là encore, cette série de numéros permet aux commerçants de faire le lien entre la carte et le compte bancaire de l’acheteur. À chaque achat, les commerçants prennent une empreinte de la carte, demandent une pièce d’identité et peuvent, si nécessaire, appeler la banque pour confirmer l’identité de l’acheteur.

Ainsi, dans les premières heures de la carte de crédit, les numéros sont un moyen indispensable d’établir une correspondance entre un acheteur et son compte bancaire lorsqu’il achète en magasin. Mais cette technique était loin d’être sécurisée…

À deux doigts de tomber dans l’oubli 🚽

En plus d’être une source de complexité et de perte de temps (le commerçant devait vérifier l’identité de chaque acheteur), les numéros de carte étaient une aubaine pour les fraudeurs : n’importe qui pouvait se faire passer pour quelqu’un d’autre en reproduisant une carte de crédit et une pièce d’identité. Il a donc rapidement fallu renforcer la sécurité des cartes bancaires pour les paiements en magasin.

Bande magnétique et « chip & pin »

Deux technologies ont profondément changé la manière dont on paie en magasin :

Premier prototype de la carte à bande magnétique (1969)
  • La bande magnétique. Inventée en 1969 par un ingénieur d’IBM, la bande magnétique a été développée sur les cartes dans les années 70. Toutes les informations de paiement sont contenues dans cette bande. Il suffit de glisser la carte dans le lecteur du commerçant pour payer. Il faut donc posséder la bonne carte pour faire le paiement.
  • Le « chip & pin ». La puce et le code à 4 chiffres, qui date de 1986, est la technologie qu’on connaît et qu’on utilise tous en France. La puce électronique détient toutes les informations de la carte et a le pouvoir de la bloquer totalement — il faut donc non seulement détenir la bonne carte, mais aussi connaître le bon code. C’est plus sécurisé que la bande magnétique. Et à l’époque, c’est une vraie révolution, comme on peut le voir dans les images d’archives ci-dessous.

Progressivement, les commerces se sont équipés de lecteurs et de terminaux pour accepter ces nouveaux modes de paiement, et les numéros de carte ont très vite cessé d’être utilisés pour payer en magasin. Ils auraient donc normalement dû disparaître de nos cartes, s’ils n’avaient pas été…

Sauvés « in extremis » par le boom de l’achat à distance

Grâce à la démocratisation du téléphone, on a pu réserver des hôtels, des voitures, des billets de train ou d’avion sans avoir à se déplacer. Il a fallu un moyen rapide d’effectuer ces achats à distance. Par défaut, on a donc choisi une information qu’on pouvait transmettre facilement : nos numéros de carte. Pas de signature ni de pièce d’identité demandées, plus besoin de présenter de carte pour payer : n’importe qui pouvait donc utiliser ces numéros pour faire des achats à distance, en notre nom. Cela a commencé dans les années 70 avec le téléphone, et cela continue aujourd’hui, avec Internet.

Ce que signifient les numéros de carte 💳

Avec la montée en puissance des fraudes en ligne, les cartes bancaires ont vu leur sécurité renforcée. Avant, elles affichaient des numéros de compte : une information qu’un fraudeur pouvait obtenir facilement (sur un RIB, un chéquier, ou une lettre de sa banque). Désormais, les banques inscrivent sur nos cartes une série complexe de numéros (allant jusqu’à 19 chiffres) qui ne doit rien au hasard. Ainsi, sur nos cartes de crédit :

  • Le premier chiffre permet de déterminer le type de carte (ces numéros sont régis par une norme internationale). Par exemple, les numéros 4 et 5 appartiennent à VISA et Mastercard, le numéro 3 appartient à American Express.
  • Les cinq chiffres suivants, permettent de déterminer la banque qui a émis la carte. Les banques ont des plages de chiffres qui leur sont entièrement réservées. Une carte qui commence par « 5593 09xx » sera une carte Mastercard émise par la banque Barclays.
  • Les chiffres suivants (7 à 18) représentent un identifiant uniquepermettant à notre banque de faire la correspondance entre notre carte et notre compte.
  • Et le tout dernier chiffre permet de déterminer si la carte est valide ou non, grâce à la formule de Luhn (du nom de son inventeur, un ingénieur allemand travaillant chez IBM).

Vers des cartes sans numéros ? 🤔

Les cartes de crédit ont d’abord été conçues pour payer en magasin. À l’époque, les numéros servaient simplement de référence aux commerçants afin qu’ils puissent communiquer aux banques les numéros de comptes à débiter. Depuis, la sécurité des paiements physiques par carte a été renforcée, grâce à la bande magnétique, puis grâce au système de puce électronique.

Si on utilise aujourd’hui nos numéros de carte bancaire pour payer sur Internet, c’est parce que leur usage a été détourné. À la base, le concept n’a pas été pensé pour cet usage. Contrairement à une puce ou à une bande magnétique, les numéros de carte peuvent être enregistrés, copiés, diffusés et reproduits facilement. Pour faire des achats en toute sécurité, il est conseillé de ne plus utiliser sa carte physique pour des paiements en ligne. La solution la plus efficace, c’est de payer…

  • En magasin avec une carte qui n’affiche aucun numéro (Apple Card, prochainement disponible aux Etats-Unis) ou avec une carte dont on peut désactiver les paiements sur Internet (comme la carte de paiement Lydia) ;
  • Sur Internet avec des numéros de paiement VISA et Mastercard temporaires, ou « cartes virtuelles », qu’on peut générer et supprimer à la demande.
Exemple de carte sans numéro sur le recto — Carte Matercard Lydia

Paiement 100% sécurisé.

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Si ce sujet vous intéresse, nous vous recommandons la lecture de cet articleVous découvrirez comment la « carte virtuelle » est en train de transformer radicalement nos habitudes de paiement.

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